Aujourd'hui
le 19 novembre 1995, tu as déjà sept mois petite Marie. Que de mois intenses nous avons
vécus ensemble depuis ta naissance en ce soir d'avril. Cher ange, tu ne te doutais pas
sûrement que ta venue viendrait chambouler notre vie ainsi et bien... moi non plus. Tu en
as fait couler de l'encre et des pleurs Marie, mais surtout, tu as accompli des petits
miracles dans le coeur de bien des gens qui ont été témoins de ta venue en ce monde.
Tout au long de ces neuf
mois de grossesse, ton père et moi nous t'avons espérée avec passion. Combien d'heures
j'ai passées à préparer ta chambre, tes vêtements, à imaginer ton visage, à faire
des projets d'avenir pour toi, à te voir monter l'allée de l'église en robe blanche au
bras de ton père, à assister à une remise de diplômes à l'université... Combien de
rêves, combien d'événements j'ai vécu, que je voulais te voir vivre à ton tour,
peut-être pour ne pas vieillir moi-même. Mais la vie en a décidé autrement...
Une heure après ta
naissance, (mais que cette petite heure fut douce Marie!) le pédiatre et mon gynécologue
sont entrés dans ma chambre, l'air abattu. Le verdict est tombé, dur, cruel, implacable
et sans retour. J'ai cru en mourir Marie, tous mes rêves envolés en fumée et ce, le
temps de trois syllabes: TRI-SO-MIE. J'ai crié, j'ai pleuré toutes les larmes de mon
corps et j'ai dit au médecin : «Pourquoi moi ?». Toi qui est née le jour de mes 29
ans, toi le cadeau de ma vie, pourquoi viens-tu me faire souffrir ainsi ? C'est alors
qu'une foule de choses ont défilé dans ma tête, tout allait à une vitesse incroyable.
Pour la première fois, je sentais que je n'avais plus d'emprise sur ma vie. Ton père a
pleuré aussi et nous avons vécu notre peine, serrés l'un contre l'autre afin de ne pas
couler comme un navire sur la mer lorsque le vent s'agite avec force et rage. Puis,
l'infirmière s'est approchée de moi et m'a demandé si je désirais te voir. Je ne
comprenais pas sa question, voyons, c'est sûr que je voulais te voir, tu es mon enfant!
Je t'ai prise doucement dans mes bras et alors j'ai pu cesser de pleurer. Comment croire
alors toutes les choses dites par les médecins ? Tu es si jolie, toute dodue avec tes
neuf livres! C'est alors que tu m'as regardée droit dans les yeux et j'ai senti que tu me
demandais de t'aimer et ce, sans condition. Avec ce regard Marie, tu as réalisé ton
premier miracle... je suis tombée éperdument amoureuse de toi. Je t'ai alors mise au
sein et comme une championne, tu as bu goulûment. Nous venions ensemble de franchir une
première étape.
Le lendemain matin, la
nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre parmi nos amis et la famille. Les
gens ont été si merveilleux Marie que le genre humain est remonté dans mon estime. J'ai
senti que tous voulaient t'aimer et t'ouvraient grand les bras. Comme tous les autres
bébés, tu as eu ta place sur le bord de la fenêtre dans la pouponnière et nous avons
même surpris une étrangère s'arrêter devant toi et dire : «Mon Dieu ! Quel beau
bébé!». Je n'oublierai jamais cet instant.
Au cours de notre séjour à
l'hôpital, j'ai eu beaucoup de support de l'équipe médicale. Tu as passé des tests et
les résultats furent tous positifs. Nous remercions le Seigneur pour ton état de santé.
Quel soulagement de savoir que ta condition physique ne nuira pas à ton développement.
Et puis, le temps est
arrivé de quitter l'hôpital et de commencer notre vie à trois, à la maison. J'étais
nerveuse, comme toutes les mamans je crois. Est-ce que je vais être à la hauteur ?
Vais-je être une bonne mère ? J'ai décidé d'écouter mon coeur et mon instinct, et de
vivre au jour le jour. Une autre leçon de vie, un autre miracle réalisé par toi, mon
amour. J'étais heureuse Marie de te présenter ta maison, ta chambre mais, en même
temps, si triste. J'avais l'impression que ce n'était pas toi que j'attendais. Que la
Marie imaginée n'était pas venue au rendez-vous. Il a fallu quelques semaines et même
quelques mois avant d'accepter que le petit bébé qui bougeait en mon sein, c'était toi.
Combien d'heures j'ai passées à te regarder du coin de l'oeil en pleurant sans bruit
pour que tu ne te rendes pas trop compte que ta maman avait mal à son rêve.
Au cours de tes premiers
mois de vie, j'ai été très obsédée par la trisomie. Pas une minute passait sans que
je n'y pense. Lorsque je voyais des enfants, c'était pire. Il me semblait que tout ce
qu'ils faisaient, toi, tu ne pourrais jamais le faire. J'étais convaincue que toute ma
vie, je donnerais sans recevoir, que je n'aurais pas de contact avec toi. Bien sûr, les
médecins, les infirmières, ton ergothérapeute me disaient le contraire mais moi, je ne
le croyais pas, mon coeur souffrait trop. J'étais toujours triste, même dépressive et
je voulais mourir pour ne plus souffrir. Papa m'a beaucoup écouté, on a beaucoup parlé
de toi. Il est extraordinaire ton papa tu sais. Puis le soleil est revenu graduellement
dans notre vie. Tu as commencé à te développer comme tout autre bébé avec tes petites
colères mais surtout, avec ce magnifique sourire qui me rend les jambes toutes molles! De
toute évidence, toi la vie, tu croques dedans avec tes deux dents et ton regard azur!
Maintenant, tu as sept mois
petite princesse et je me sens en paix avec moi-même. Pourquoi? Et bien, je crois que
l'Amour a fait son oeuvre... J'ai accepté de t'aimer telle que tu es : une petite fille
mignonne, coquine avec des forces et des faiblesses. J'ai décidé de miser sur tes
capacités et non sur ton handicap. Bien sûr, la vie nous renverra cette réalité au
visage au fils des ans, mais je souhaite, par ton amour, arriver à faire face aux défis
avec confiance et droiture. Nous avons une vie à te faire découvrir, mille choses à
connaître, un petit frère ou une petite soeur à te donner; pourquoi pleurer sur mes
rêves d'avant, toi tu m'en crées de nouveaux.
Avec toi, j'apprends la
tolérance, la grandeur de la différence et le pouvoir de l'Amour. Aimer sans condition
en donnant le meilleur de moi-même et laisser cette petite fleur s'épanouir en notre
famille, voilà le visage de ma vie à présent.
Marie, je t'aime infiniment
et tu pourras toujours compter sur moi pour te guider. J'ai peur de l'avenir il est vrai,
mais viens près de moi, colle ta joue sur ma joue, chantonne dans mon oreille et ainsi,
mes craintes se calmeront au doux son de ta voix.
La Vie est merveilleuse
Marie. Aime-la comme je l'aime. Parfois, on croit qu'elle nous trahit mais elle est plus
grande et fidèle que cela. En effet, je crois que la Vie nous donne les épreuves à la
mesure de nos capacités. Elle cogne dur mais nous tend quand même les outils pour nous
aider à nous relever et rebâtir plus solidement l'avenir. Puisse Dieu nous donner le
courage et la force de vivre pleinement cette expérience unique et enrichissante.
Merci Seigneur... Merci de
m'avoir donner cet enfant... ce petit trèfle à quatre feuilles qui nous portera chance
tout au long de notre Vie.
Anik Larose