point de vue

Contraception et SIDA

H. SANTINI(1), A. DOUBECK(2)

En 1993, la conception était déconseillée aux femmes séropositives car le taux de contamination de l'enfant était élevé de l'ordre de 14 %(3). Depuis ce risque a été considérablement abaissé pour passer à 5 % voire à 1 ou 2 % suivant les modalités d'accouchement et de la prophylaxie associée.

Pourtant devant cette maladie actuellement incurable et transmissible, de nombreuses femmes font le choix de ne pas transmettre la vie plutôt que de la transmettre avec un risque de contamination de l'enfant ou un risque qu'il se retrouve orphelin à plus ou moins brève échéance. D'autre part le SIDA est aussi une maladie sexuellement transmissible le mode de contraception proposé devra donc aussi tenir compte du risque de contamination des partenaires.

Les préservatifs masculins

Si leur efficacité contraceptive n'est pas excellente (0,5 à 8% AF d'échecs) ils protègent contre les MST et en particulier contre le SIDA. Le risque de rupture n'excède pas 2% à condition qu'ils soient utilisés correctement.

Il faut recommander aux couples :

Ils peuvent être raisonnablement utilisés comme seul moyen de contraception, à condition d'être systématiquement et convenablement employés. Ils devront de toute façon être associés à tout autre moyen de contraception.

Les préservatifs féminins

Ce type de préservatif aurait l'avantage de permettre à la femme de prendre en charge sa propre protection de mieux protéger les orifices vaginal et urétral, d'être plus résistant que le latex et de n'entraîner aucune allergie. Il peut être placé avant le début du rapport.

Si son efficacité contraceptive paraît réelle, il n'a été homologué que pour son efficacité contre la transmission des MST(2). Pourtant les préservatifs féminins sont encore peu utilisés par manque d'information probablement.

 Les spermicides

Si les données in vitro prouvent l'efficacité des spermicides contre la virulence du VIH, l'efficacité in vivo est moins évidente. Ils peuvent être utilisés en complément des préservatifs mais une utilisation trop fréquente ou trop prolongée peut entraîner une irritation vaginale et favoriser alors la contamination (1)

 Le stérilet (dispositif intra utérin=DIU)

A condition de bien respecter les contre indications les DIU peuvent être un des moyens de contraception envisageables, bien que théoriquement contre-indiqués chez une femme immuno-déprimée car pouvant être à l'origine d'une infection pelvienne. Ils ne dispensent pas de l'utilisation des préservatifs.

 Les progestatifs retard de synthèse

Ils peuvent être utiles lorsque la femme ne se sent pas capable de prendre une contraception orale régulièrement. Mais aussi bien la médroxyprogestérone (Depoprovéra®) en injection intramusculaire trimestrielle ou le levonorgestrel (Norplant®) en capsules sous-cutanées, peuvent entraîner des spottings et surtout des aménorrhées dont il faut prévenir la patiente. L'association des inhibiteurs de la protéase et les inhibiteurs non nucléosidiques (INN) avec les progestatifs diminue leur efficacité contraceptive.

Les préservatifs seront utilisés parallèlement pour éviter une contamination ou une sur contamination des partenaires.

Les œstroprogestatifs

C'est le moyen contraceptif le plus efficace, bien que les interactions médicamenteuses avec les antirétrovirus, diminuent encore une fois leur efficacité.

Toutefois l'association avec une protection mécanique, nécessaire à la prophylaxie de la transmission sexuelle doit palier à cette efficacité potentiellement diminuée.

 La ligature tubaire (RLT)

La résection-ligature de trompe n'est pas à proprement parlé une méthode contraceptive puisqu'elle entraîne une stérilité définitive mais elle peut être envisagée au cas par cas après étude par une équipe pluridisciplinaire de la demande de LRT faite par la patiente.

L'utilisation des préservatifs est nécessaire pour éviter la transmission du virus.

Conclusion

L'évolution des traitements permet de diminuer considérablement le risque de transmission mère-enfant. Mais parce qu'elle a déjà les enfants désirés ou parce qu'elle a peur de transmettre sa maladie, une femme séropositive doit pouvoir bénéficier d'une contraception efficace.

Les moyens contraceptifs à sa disposition sont sensiblement les mêmes que pour une femme sero-négative, si l'on tient compte des interactions médicamenteuses possibles entre les œstrogènes et /ou les progestatifs et les antirétroviraux.

Quelque soit la méthode choisie, l'utilisation des préservatifs sera indispensable à la prévention de la transmission du VIH par voie sexuelle.

BIBLIOGRAPHIE

  1. BIRD KD. – The use of spermicide containing nonoxynol 9 in the prevention of HIV infection. AIDS, 1991, 5, 791-796.
  2. DELFRAISSY JF. – Prise en charge thérapeutique des personnes infectées par le VIH. Médecine et Sciences-FLAMMARION – Paris 1999, 143-160.
  3. HENRION R. – Sida, contraception et grossesse. In : Mises à jour en gynécologie et obstétrique. DIFFUSION VIGOT – Paris 1993, XVII, 301-323..
ARRIERE
SUIVANTE